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Quels sont les principaux enjeux dans la conception, la mise en place et la diffusion d’un scénario pédagogique, destiné à former sur un produit ou une solution complexe ?

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Créer un e-learning pour un système complexe n’est pas seulement faire un mode d’emploi pour savoir le mettre en œuvre. Il faut que l’apprenant s’approprie le système pour l’utiliser dans des conditions optimales pour ainsi gagner en temps et/ou en la qualité.

Cela implique, en tant que concepteur d’e-learning, de s’approprier soi-même le système pour l’assimiler et pouvoir expliquer simplement des phénomènes complexes : « on n’explique bien que ce que l’on a bien compris ». Cela se fait par l’étude préalable du système et des échanges avec les experts du domaine et les utilisateurs.

Quels sont les éléments de contextes à prendre en considération ?

Actuellement, pour des formations e-learning, les moyens numériques à mettre en œuvre sont simples : un ordinateur connecté au réseau de l’entreprise et/ou à Internet est habituellement suffisant.

Il faut, par contre, tenir compte du fait que parfois les apprenants peuvent avoir des backgrounds (niveau et/ou domaine d’étude) différents. Par exemple les clients que la société GreenTropism forme à l’utilisation de la spectroscopie, peuvent être aussi bien des ingénieurs dans la fabrication de médicaments que des viticulteurs voulant connaître la maturité des raisins.

Dans ces cas-là, pour que les supports de formation puissent en partie ou en totalité être réutilisés dans différentes formations, il est nécessaire de diversifier les ressources, offrir différents niveaux d’information et d’apprentissage, etc. L’apport clef du e-learning est d’offrir à l’apprenant un chemin d’apprentissage conforme à ses besoins, tout en ouvrant s’il le souhaite l’information sur d’autres niveaux.

Quels sont les obstacles majeurs à lever avant d’enclencher la démarche ?

Il n’y a pas d’obstacles majeurs, mais plutôt des risques à gérer :

  • La bonne identification des objectifs et des résultats attendus : la formation doit être utile pour qui et en quoi. Tant que l’expression de besoin n’est pas formalisée, au moins dans ses grandes lignes, il n’est pas possible de structurer correctement la formation et son plan de réalisation. Une démarche Agile permet de mieux gérer cet obstacle. Dans cette phase d’identification du besoin, la rencontre avec les parties prenantes clefs du projet (chef de projet, représentant utilisateur, service informatique…) est essentielle pour bien formaliser chaque attendu.
  • La bonne compréhension par le demandeur de l’approche pédagogique à mettre en œuvre : E-learning qualifiant, e-learning avec tutorat, etc. Une mauvaise compréhension initiale peut aboutir à une inadéquation avec les objectifs visés.
  • La vérification de la faisabilité :
    • Côté client en fonction des objectifs visés et les moyens prévus. Une approche de POC (Proof Of Concept) permet de bien gérer cet obstacle sur de gros projets complexes.
    • Côté expert e-learning : il ne faut pas surestimer ses capacités. Même si je suis capable d’intervenir sur tout le processus de création et de réalisation d’un e-learning, ce qui me permet de faire facilement du prototypage, je ne suis pas une experte de tous les domaines. Suivant les cas je fais intervenir des graphistes, des traducteurs, des relecteurs-correcteurs, des informaticiens, etc.

Quels sont les préparatifs à organiser avant d’enclencher ce type de dispositif d’apprentissage à distance ?

Les prérequis sont ceux d’un projet classique : budget, délais, organisation, planification, définition des KPI (Key Performance Indicators), modes de validation du produit …

Les points spécifiques au e-learning (profils ciblés, mode d’intervention, matériels …) seront spécifiés au travers de l’expression de besoin du projet.

Dans certains cas, des points sont à préciser : par exemple la mise en œuvre d’un e-learning en langue étrangère ou multilingue nécessite une bonne définition avec le demandeur des principes de traduction : traduction à la charge du réalisateur, à la charge du demandeur, etc.

Quels sont les étapes méthodologiques pour concevoir un projet de formation à distance ?

Un projet e-learning peut être conduit de façon classique (de type cycle en V) ou selon une approche cycle adaptatif (type Agile).

Dans les deux cas, la structuration des étapes est proche et indiquée ci-dessous :

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  •  Détermination des objectifs et des publics
  •  Compréhension et appropriation des contenus avec un expert et/ou des utilisateurs
  •  Scénarisation / choix du type de formation
  •  Prototypage
  •  Réalisation
  •  Retours des utilisateurs (formateurs, apprenants) sur la formation pour la faire évoluer

Quels sont les précautions à prendre avant le déploiement d’un dispositif E-Learning ?

Des précautions techniques :

  • Tous les éléments informatiques du système du e-learning doivent être en place et l’intégration vérifiée : serveurs, licences, etc.
  • Le système doit être stable, supporter la montée en charge, etc.

Des précautions fonctionnelles :

  • Avoir l’accord du service de formation surtout si la demande n’a pas été faite directement par eux
  • Pour de gros projets, il est nécessaire d’avoir une phase pilote avec revue de Go/NoGo de la phase de déploiement.

Quelles sont les difficultés régulièrement constatées avec les métiers concernés ?

Les difficultés les plus constatées dans la création de formation sur des systèmes complexes sont :

  • La disponibilité des ressources expertes du domaine : les experts sont très accaparés par leur travail quotidien
  • La capacité de l’expert à la transmission des connaissances : il faut arriver à formaliser avec le ou les experts du système le processus des actions mises en œuvre, qui souvent sont machinales pour lui
  • La réticence de l’expert à la transmission des connaissances : un sentiment de perte de pouvoir apparaît souvent.

Quels sont les éléments clés d’une communication réussie d’un nouveau dispositif numérique d’apprentissage, existe-t-il des spécificités pour des solutions/produits complexes ?

La réussite d’un déploiement de e-learning passe par une phase de conduite du changement lors du projet :

  • Rencontres régulières avec les parties prenantes
  • Communication vers le comité projet
  • Communication vers les utilisateurs (intranet société, mails internes)
  • Phase pilote et interviews avant le déploiement complet
  • Etc.

Quels sont les outils ou solutions que vous utilisez pour réaliser le scénario pédagogique ?

Pour la visualisation des scénarios pédagogiques j’utilise mon propre outil de représentation graphique qui permet de bien visualiser les liens entre les différents partenaires mais aussi avec les objectifs. Chaque séquence est ainsi détaillée.

La représentation graphique permet, avant la réalisation, de vérifier la conformité du scénario pédagogique aux attentes des apprenants et aux objectifs prédéfinis, par une structuration par type d’activités et par types d’intervenants (apprenants, formateurs, tuteurs, administration …), de faire valider plus précisément les choix effectués.

Souvent, les ingénieurs pédagogiques utilisent le logiciel « Compendium » pour cette représentation graphique mais il n’est pas toujours très parlant pour des entreprises. Durant mon Master, j’ai créé une représentation s’inspirant de « Compendium » et d’un logiciel plus connu en entreprise pour la gestion des processus : « BPMN ». Cette association permet une représentation plus claire (voir ci-dessous un exemple).

Description de l’exemple ci-dessous :

Les «patterns» (patrons  en Français) permettent de structurer la séquence pédagogique et de valider au cours du projet de réalisation le bon suivi des objectifs visés. Ces patterns servent aussi lorsque la formation est lancée : sans imposer le déroulement complet de la formation, ils apportent des repères et des points d’appui dans la mise en œuvre. Le formateur peut s’en servir pour aller plus vite dans sa préparation et s’assurer de ne rien oublier, tout en restant maitre du contenu pour l’adapter à son public.

Dans le pattern ci-dessous nous pouvons voir les interactions entre les intervenants et les contraintes que cela implique. Les patterns se font à différents niveaux et peuvent être déclinés comme des « poupées russes » pour affiner les besoins.

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Pour la réalisation des ressources et du support de formation, les outils dépendent du volume de la formation, de son type (en ligne autonome, en ligne avec intervenant, en blended …). Ils peuvent aller de simples chaines éditoriales à des plateformes de formation (LMS) plus ou moins compliquées.

Dans quelle mesure l’usage d’outils collaboratifs ou d’un réseau social peut participer ou poursuivre l’apprentissage à distance, et dans ce cas, quelles sont les précautions ou pré-requis ?

Comme je l’ai étudié dans mon Mémoire de Master, le tutorat est un élément incontournable de la formation en ligne pour que l’apprenant ne se décourage pas. Ce tutorat peut prendre différentes formes. Cela peut être de l’aide contextuelle simple mais qui évite à l’apprenant de buter par exemple sur un problème technique. Cela peut être aussi des contacts humains : par forum, par réunions virtuelles ou autre.

L’avantage d’outils collaboratifs est de permettre à l’apprenant de ne pas se sentir seul. S’il doit réaliser des devoirs avec d’autres personnes : cela lui permet de discuter et reste ainsi impliqué. On peut lui faire corriger des travaux d’autres apprenants : cela le conforte dans ses connaissances et lui fait voir d’autres approches.

Sur les forums, il pose des questions à ses pairs et est donc moins complexé vis-à-vis de ses lacunes.

La prolongation de la formation par un forum qui reste actif est souvent un moyen de prolonger la formation car les intervenants y posent leurs problèmes et surtout leurs solutions.

Quels sont les secteurs d’activité les plus propices à la formation à distance ?

  • peu d’actions manuelles
  • mise en œuvre de logiciels et/ou de processus

Les plus difficiles à convaincre ?

  • Secteurs industriels peu innovants
  • Secteurs éloignés des technologies numériques

Les plus en avance ?

  • Secteurs industriels innovants
  • Secteurs confrontés à de fort besoin de compétitivité
  • Secteurs confrontés à une pyramide d’âge déséquilibrés

Quels sont les activités ou usages numériques qui produisent généralement le meilleur retour sur investissement dans un dispositif d’apprentissage en ligne ?

Certainement les secteurs industriels de pointe où les utilisateurs sont amenés au quotidien à mettre en œuvre des technologies numériques : e.g. spatial, aéronautique, ingénierie, biotech, etc.

Est-ce que les évolutions technologiques telles que le Serious Game,  le mobile Learning, la 3D, etc. peuvent améliorer la qualité d’un dispositif pédagogique ?

Même si la structure du contenu pédagogique est la partie la plus importante pour une bonne qualité, la diversité des supports permet d’accompagner la diversité des apprenants.

Un e-learning « classique » est bien adapté à la génération X, voir Y en y ajoutant des éléments multimedia récents, alors qu’un Serious Game sera peut-être dans quelques années  incontournable pour la génération Z (nés après 2000).

Ces nouveaux outils sont parfois très intéressants comme par exemple la 3D que j’avais utilisée dans le projet pour Essilor pour mieux visualiser les différentes manières d’utiliser un appareil de mesure optique.

Toutefois il ne faut pas surcharger l’approche par des outils trop lourds à mettre en œuvre : le ratio complexité du support / gain pédagogique est un paramètre essentiel du ROI d’un e-learning.

Notre dernière étude de Février 2015, confirme la préférence de compétences internes pour le déploiement de dispositifs E-Learning ? Quels sont les atouts et limites de cette approche ?

L’avantage de l’implication de compétences internes est une évidence dans la partie communication / conduite du changement. Mais les limites sont vites atteintes lorsque la démarche nécessite une expertise pédagogique et/ou des experts des plateformes mises en œuvre.

Pour la réalisation, quand les compétences internes se sont formées sur le tas, les formations sont rarement bien construites et du coup les apprenants les perçoivent négativement et donc ne s’impliquent pas ou ne retiennent pas les contenus.

La bonne approche consiste habituellement à impliquer dans un projet de e-learning un ou plusieurs « porteurs » internes, en charge par exemple des aspects définition, conduite du changement, et KPI de déploiement.

Dans des projets de formation sur des outils complexes d’une entreprise, les tuteurs techniques et de contenus, quand ils sont nécessaires, devront être internes et avec un minimum de formation sur la façon de tutorer dans la formation considérée, pour pouvoir continuer leur travail de tutorat après la formation.

Selon vous, avec les nouveaux usages numériques et E-Learning, quelles sont les principales évolutions qui impacteront :

Les formateurs indépendants ?

De plus en plus il faudra que les formateurs utilisent des outils numériques comme aide à la formation, en mode blended ou même en présentiel (exercices, partage de fichiers …).

Ces acteurs devront maîtriser des compétences de base sur des plateformes de formation ou sur des classes virtuelles par exemple.

Les éditeurs de logiciels ?

Les éditeurs de logiciel fournissent habituellement des modules de formation en présentiel.

Les industriels attendent désormais des solutions de e-learning, et/ou de blended, afin de diminuer les coûts de formation et de rendre plus agile la démarche de formation.

Les entreprises de formation ?

Comme pour les éditeurs de logiciel

Quels conseils donnez-vous pour aider les entreprises à s’y préparer ?

  • Etre ouvert au changement
  • Définir des projets de taille raisonnable, pas très gros, à cycles courts, pour commencer à tester la faisabilité de ce type de formation et mesurer l’impact sur ces premiers apprenants et sur leurs performances.

 

Découvrir le profil de Christine Bourdeau et ses activités

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