Partager cet article

Ionis est le premier groupe français d’enseignement français d’enseignement privé, composé d’écoles renommées telles que l’EPITA, l’EPITECH,…et a développé fin 2013 une direction numérique dédiée aux Mooc, appelée Ionisx.

Après avoir créé des Mooc, Philippe Chiu, Director of Digital Learning @ IONIS Education Group, a créé un nouveau format : le « Mimo ».   Nous pensons que ce format peut reconfigurer une chaîne de valeur, celle des composants e-learning, nécessaires à la réalisation de parcours de formation présentiel ou distanciel.

Voici pourquoi :

Une extension des usages et des apprenants

Les mooc bénéficient d’une médiatisation importante, régulièrement nourrie par le succès de ceux proposés par Cécile Déjoux,  Matthieu Cisel, Rémi Bachelet, et beaucoup d’autres défricheurs passionnés. Les grandes écoles et universités s’y investissent et l’état donne l’impulsion avec sa plateforme FUN.

Et certaines entreprises audacieuses appréhendent progressivement ce nouveau territoire.

Un nouveau levier au service du marketing se met en place. Le réseau d’expertise comptable BDO propose un Mooc sur les solutions de financement des entreprises. Le Mooc de BNP Paribas  propose de tout comprendre sur le SEPA. Deux Mooc réalisés par Neodemia.  En complément d’une démarche bienveillante envers les communautés, valorisante pour la marque, le format Mooc organise de nouvelles interactions pour recruter de collaborateurs, des prospects qualifiés, etc. Dans le marché, la promesse d’apprentissage devient un nouvel espace de contreparties, de construction de la confiance entre une entreprise et ses communautés. Une nouvelle forme de tactique freemium, qui au lieu de délivrer un bout de service gratuit en contrepartie d’informations, la société propose d’améliorer les connaissances, les compétences de l’internaute, avant de devenir collaborateur ou client.  La collecte d’informations précises sur les connaissances, le comportement face à l’apprentissage, etc. sont des nouveaux indicateurs pertinents pour évaluer un candidat, ou comprendre les difficultés d’un prospect.

Le Mooc est ce récent format e-learning permettant de suivre en ligne un cours, de chez soi. L’apprenant accède à des ressources (vidéos, Pdf, …), échange avec les enseignants et les autres apprenants via un forum, et selon une suite de séquences programmées auxquelles son agenda doit se plier, progresse vers une certification. Le Mooc impose une date de début et une date de fin. Les Mooc proposés par les grandes écoles et universités sont – le plus souvent – un transfert, une digitalisation d’un cours présentiel. Cette digitalisation représente un atout extraordinaire pour les apprenants, qui s’affranchit des distances et des lieux, via le réseau internet. L’externalisation de l’apprentissage, qui s’effectue en dehors des murs d’une école ou d’un centre de formation, permet une extension infinie du cercle potentiel des apprenants.

Lever les deux limites du Mooc

Mais ce format s’étale sur plusieurs semaines, embarque avec lui des éléments de contextes nombreux (programme, établissement, niveau de cours, parcours, etc.) et réclame des ressources à organiser de manière cohérente, selon un parti-pris de parcours prévu.  Les liens entre les contenus et les séquences puis avec l’agenda prévu, constituent un ensemble compact, formant deux limites, que Philippe Chiu a souhaité lever.

La première limite, immédiate, est liée à la temporalité du Mooc.  Il faut disposer d’une petite liberté dans son temps pour se mobiliser régulièrement et selon l’agenda imposé par le Mooc.

Philippe Chiu « Il faut supprimer la contrainte liée à la temporalité. Avec le numérique, l’internaute souhaite consommer son usage où il veut, quand il veut. Si vous retrouvez une limite dans le temps, cela reprend une contrainte forte du présentiel ».

La seconde limite est celle liée au contexte de l’établissement, du niveau initialement nécessaire, de la formation prévue initialement en présentiel, etc. Autant d’éléments qui peuvent créer une rigidité si l’on cherche à élargir la typologie des apprenants.

La troisième limite se situe dans le modèle économique. L’animation des participants au Mooc, et régulièrement sa mise à jour, mobilisent régulièrement les effectifs pour améliorer et animer la communauté,

Ces trois limites : temporalité, contexte et coûts forment un cadre rigide qu’il est possible d’assouplir, via une approche modulaire, permettant un découpage du temps, du contexte et des coûts, selon Philippe Chiu.

Ionisx propose une stratégie doublement pervasive via un nouveau format « Mimo ».

Les deux atouts du « collier de pâtes » proposé par Ionisx combinent modularité et modèle économique.

En inventant un nouveau format très court de 30 minutes, à l’image d’une capsule e-learning, Ionisx propose :

  • un usage e-learning rapide à consommer, peu contraignant dans l’agenda, « On Demand »,
  • un composant pour construire une infinité de parcours, « On Demand »,
  • un contenu plus léger, adapté aux usages mobiles,

Un « couteau-suisse » pédagogique et économique qui ouvre de nouvelles perspectives commerciales.

Sur le plan pédagogique, une suite de « Mimo » peut constituer un Mooc, un Spoc ou un Cooc, ou n’importe quel autre parcours, gratuit ou payant, fournissant ainsi un nombre illimité de combinaisons et donc de réponses à des besoins spécifiques selon le niveau, le contexte, etc. De plus, ce principe d’unité d’apprentissage, de structuration d’un plus petit dénominateur, peut s’insérer dans les deux types de parcours e-learning et présentiel, par sa spécificité de « composant ».

Sur le plan économique, Ionisx ne s’enferme pas dans la dualité freemium – premium animée par les nouveaux formats que sont les Mooc et les Spoc, en ouvrant le modèle économique à la multitude. (cf le livre « L’âge de la multitude).

L’unité d’apprentissage « Mimo » peut être produite par un enseignant de l’organisation Ionis, par un formateur, un consultant ou tout professionnel expérimenté, extérieur à l’organisation Ionisx. Cette ouverture à la participation d’un catalogue de « Mimo » permet aux mêmes contributeurs de prélever autant de « Mimo » pour composer leur formations (e-learning ou en présentiel) et leur modèle économiques, gratuits ou payants.

Philippe Chiu déclare « L’interopérabilité pédagogique c’est-à-dire le cursus, le diplôme à la fin ou le certificat ne sont plus corrélés au module. On peut utiliser un module Mimo sur la météo pour une formation de pilote sur un cessna ».

Ce mécanisme donnant-donnant, permet un développement vertueux, rapide et adapté aux divers contextes d’apprentissages, et libère le processus de création de parcours personnalisés, tant présentiels que distanciels, vers « un apprentissage adaptif ».

Fort d’un coût d’exploitation marginal, Ionisx parvient à effacer le coût de réalisation de manière cohérente, transparente et équitable. (Cf l’entreprise plateforme et sa capacité à créer de la valeur par les externalités, décrites dans cet article).

Les nouveaux défis à relever :

Tout d’abord, survient la formalisation de ce nouveau rôle de tiers de confiance, en imposant un cadre uniforme de réalisation des « Mimos », prêt à fédérer la grande communauté d’enseignants et de formateurs, par l’organisation et l’animation de ce bien commun, tant sur la notion de catalogue que sur la notion de structure uniforme de ces capsules.

La stratégie Ionisx est conforme à la stratégie « d’entreprise plateforme », capable d’articuler sa chaîne et proposition de valeur, sur le même composant et réalisé par un tiers extérieur non rémunéré. Google, Blablacar, Airbnb, etc. sont les précurseurs de ce nouveau modèle. Nouveau modèle certainement perçu comme barbare par les confrères et concurrents, tant il rompt avec les modèles actuels.

Fort de ces deux atouts tant pédagogiques (Mimo = composant capable de s’insérer dans n’importe quelle proposition de valeur de formation présentielle ou e-learning), qu’économiques (combinaison du coût marginal X puissance exponentielle du modèle de contreparties), Ionisx peut désormais se créer de nouveaux horizons, de nouvelles propositions de valeurs.

Dans la création d’une école complètement numérique, dans de nouveaux services d’édition, de recrutements, d’événements, etc.

L’uniformisation de ce composant sera vraisemblablement la première étape d’autres uniformisations, utiles à la construction de la confiance dans le modèle, la qualité des membres de la communauté, et ses nouveaux services de gestion de certificats,  d’édition et même d’innovation.  L’enjeu réside désormais sur la qualité et la transparence des règles, ce nouveau bien commun des modèles ouverts.

Cet écosystème à la fois de test et d’évaluation, peut devenir le ciment de communautés apprenantes, fortement innovantes et « monétisables ».

Un avenir de diffuseur ?

Selon Philipe Chiu, l’activité actuelle d’ Ionisx s’apparente à celle du Cinéma, avec le producteur, le réalisateur et le diffuseur.

En parallèle de la popularité du modèle, il y a fort à parier que ce soit le rôle de diffuseur qui l’emporte, d’autant que 2015 est une année d’accélération importante pour la structure Ionisx, enclenchée par une série de recrutements, une formalisation en interne du modèle, et un lancement adressé auprès de 2200 enseignants.

Quelles réactions ? Quelles nouvelles configurations ?

Comment vont réagir les formateurs en portage salarial de sociétés de formation, les structures de formation internes des entreprises, les entreprises de formation ?

Est-ce que les formateurs vont progressivement exploiter gratuitement ce fantastique catalogue de cours e-learning très courts pour enrichir leur cours en échange d’une contribution ? Le mouvement est enclenché. Les plus lents s’excluront rapidement.

Ce qui peut se jouer :

Les entreprises de formation vendront des formations, dans lesquelles nous retrouverons des « Mimos », insérés par les formateurs « freelance » ou non, les plus avertis des nouveaux usages numériques, pour les exploiter dans des nouveaux parcours. Les structures internes de formation composeront progressivement leurs parcours de « Mimo ».

Aussi, une boutique en ligne de ce gigantesque catalogue de « Mimos », pour les non-contributeurs où tous les internautes, quelle que soit la profession, pourront se servir, et avoir la promesse d’acquérir une note en 30 minutes, via leur smartphone.

Tout naturellement, le tiers de confiance joué par Ionisx pourra s’étendre à une typologie de certificats solides.

Ce qui peut aussi se jouer dans l’extension du modèle économique est dans la duplication du modèle à l’édition. Tous les « Mimos » sont constitués de contenus rédactionnels, en PDF. Ces contenus rédactionnels peuvent être commercialisés en « Stand Alone » au format e-pub, via un kiosque numérique.

Le plus grand atout sera certainement dans l’immense organisation de communautés bien qualifiées (jusqu’au niveau de connaissances), ayant des besoins d’entraide, de réseau social, de partage d’expérience et de revenus, en contrepartie de services, certainement accessibles via un modeste abonnement mensuel de quelques euros par mois.

La constitution d’un capital social important fournira de nouveaux moyens financiers via le crowfunding à des enseignants de qualité ou des professionnels expérimentés, qui pourront promouvoir les projets et collecter les financements nécessaires. On peut imaginer une fonctionnalité de gestion des membres contributeurs-consommateurs, qui acceptent d’être mémorisés pour non seulement participer financièrement à des « Mimos », mais aussi effectuer le feedback tant attendu sur l’exploitation du « Mimo » dans des contextes et parcours très variés.

En conclusion :

Le modèle d’organisation des « Mimo » forme et conjugue deux leviers puissants pour faire de Ionisx un hub, un catalyseur,  des différents acteurs, aux intérêts convergents, que sont les enseignants, les formateurs indépendants, les entreprises de formation et les stagiaires.

Et ainsi, s’intéresser peut- être plus aux besoins des apprenants, des nouvelles modalités de consommation e-learning attendues, avec l’essor du mobile, mais aussi de l’extraordinaire soif de créer,  de recomposer des parcours et d’employabilité.

Partager cet article